Un art qui capte l’attention
Justin Fournier est un artiste peintre québécois dont le travail explore la profondeur émotionnelle du visage humain. Depuis l’âge de 15 ans, il développe une pratique centrée sur l’expression de ce qui se vit intérieurement : tensions, fragilité, résilience, lumière et force silencieuse. À seulement 22 ans, il s’impose déjà par une démarche sensible où le visage devient bien plus qu’un sujet, mais un miroir de l’expérience humaine.
Son parcours personnel marque profondément son univers. Ayant traversé à l’adolescence une opération cardiaque, il transforme avec le temps les épreuves en moteur créatif. Des défis comme le chemin de Compostelle, un Ironman et un ultra trail de plus de 100 km nourrissent sa vision de la persévérance, du dépassement et de la transformation intérieure. Cette intensité vécue se transpose dans ses œuvres, où chaque regard semble porter une histoire silencieuse.
Très attaché à la Fondation CHU Sainte-Justine, il conserve un lien fort avec les valeurs d’espoir, de courage et d’humanité, qui traversent naturellement sa pratique artistique.
Son procédé repose principalement sur la peinture à l’huile, travaillée à la spatule et au pinceau. Ce mélange entre matière brute et précision lui permet de conserver une gestuelle spontanée, instinctive et vivante. Les textures épaisses, les contrastes de lumière et les couleurs assumées participent à faire émerger l’émotion plutôt qu’à illustrer un simple portrait. Chaque toile se construit entre contrôle et lâcher-prise, laissant place à ce qui veut apparaître.
En parallèle de la peinture, l’écriture occupe une place importante dans sa démarche. Des textes poétiques accompagnent souvent ses œuvres afin d’en prolonger l’impact et d’ouvrir un dialogue plus intime avec le spectateur.
À travers ses collections et expositions, Justin Fournier cherche à créer des œuvres qui se ressentent avant de se comprendre, où l’art devient un espace de vérité, de connexion et de présence.
Sports D’endurance
Il y a des kilomètres qui ne servent pas à aller quelque part.
Des kilomètres qui servent à écouter.
Les longues heures passées à courir en montagne, à pédaler contre le vent ou à avancer dans l’eau jusqu’à oublier le temps ont tranquillement changé ma façon de créer.
L’endurance m’a appris que la beauté n’apparaît pas toujours dans l’élan, mais souvent après l’effort, lorsque le corps devient silencieux et que l’esprit cesse enfin de vouloir contrôler chaque chose.
Dans un Ironman comme dans l’art, il existe un moment où la performance disparaît.
Il ne reste qu’un dialogue brut entre soi-même et le mouvement.
Les trails longue distance m’ont aussi appris à observer.
La lumière qui change sur une montagne, les couleurs d’un ciel avant la fatigue, les visages croisés au milieu de nulle part, cette étrange fragilité qu’on ressent lorsqu’on pousse un peu plus loin que d’habitude.
Toutes ces sensations finissent par revenir sur mes toiles, parfois sans que je m’en rende compte.
L’endurance développe une forme de patience rare.
Créer une œuvre, comme parcourir une très longue distance, demande d’accepter l’inconfort, les doutes, les passages plus lents.
On avance sans toujours savoir à quoi ressemblera l’arrivée.
Peut-être que c’est pour ça que je peins.
Pour retrouver cet état suspendu que l’on ressent après plusieurs heures d’effort, lorsque tout devient plus vrai, plus simple, presque irréel.
Compostelle
La marche de Compostelle a profondément changé ma façon de voir la vie, l’art et les êtres humains.
Pendant trente jours, j’ai parcouru plus de 1000 kilomètres avec une tente sur le dos.
Au départ, je croyais entreprendre un défi physique.
Avec le tempsv, le voyage est devenu beaucoup plus intérieur.
Quand on marche aussi longtemps, tout ralentit.
Les pensées deviennent plus claires, les émotions remontent à la surface, et les détails les plus simples reprennent de l’importance.
Une lumière en fin de journée, le silence d’un sentier, une conversation inattendue avec un inconnu.
On commence à ressentir le monde différemment.
Compostelle m’a aussi fait découvrir une autre facette des gens.
J’ai rencontré des personnes qui traversaient des pertes, des remises en question ou simplement des périodes où elles cherchaient à retrouver un peu de lumière dans leur vie.
Souvent, elles n’avaient pas besoin de réponses.
Elles avaient seulement besoin d’un moment vrai, d’une présence, d’un espace pour ressentir ce qu’elles portaient en elles.
Ces rencontres ont transformé ma perception des émotions humaines.
Elles ont influencé ma manière de créer.
Aujourd’hui, je ne cherche plus seulement à produire une image esthétique.
J’essaie de transmettre une sensation, une fragilité, une émotion silencieuse que les mots expliquent rarement complètement.
Cette marche a également changé ma relation à la spiritualité et à Dieu.
Non pas à travers des certitudes, mais à travers des instants.
Des moments où tout semblait aligné, où la nature, le silence et la fatigue ouvraient un espace de réflexion plus profond.
Depuis Compostelle, mon art est devenu une recherche plus humaine et plus honnête.
Une tentative de capturer ce qui reste vivant à l’intérieur de nous, même dans les périodes plus sombres.
Je crois que ce voyage ne m’a pas seulement fait traverser des paysages.
Il m’a surtout permis de me retrouver moi-même.

